MONTÉGUT, Église Saint-Laurent

Le 20 février 1320, Guilhem de Montaigut, chevalier et sénéchal d’Édouard II, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, fondait la bastide de Monte Acuto, en un lieu dit Las Bordes, sur la rive gauche du Midou.

Bien que cette bastide ne semble avoir connu qu’un développement assez modeste, elle a été rapidement dotée de l’appareil administratif habituel : des coutumes, c’est-à-dire une législation particulière, dont le texte a été conservé ; une enceinte, formée d’un fossé et d’un rempart de terre, et dont quelques parties subsistent ; une maison forte, encore appelée La Salle, et enfin, l’église Saint-Laurent, élevée à l’angle sud-est de la place centrale. Église et maison ont été récemment inscrites à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

Située pendant la Guerre de Cent Ans à la frontière des terres sous dépendance française et anglaise, Montégut devait passer à plusieurs reprises d’un domaine dans l’autre, et ces va-et-vient politiques ont entraîné de graves destructions qui ont considérablement appauvri la population. Plus tard, l’église devait être pillée au cours des Guerres de Religion.

Église Saint-Laurent vu du nord
Ensemble vu du nord

 Selon un parti courant pour les églises de bastide de cette région, dans son premier état, ce petit édifice se réduisait à une simple salle rectangulaire, entièrement nue à l’intérieur, et seulement couverte d’une charpente, mais puissamment bâtie : en effet, comme il constituait sans doute à l’origine la principale, sinon l’unique construction en maçonnerie de la bastide, il a été conçu comme une véritable forteresse chargée de protéger les populations, avec ses murs très épais, percés seulement d’étroites fenêtres, et pourtant renforcés par 14 énormes contreforts.

C’est encore le même esprit qui a présidé à la construction de la tour occidentale ajoutée au xve siècle comme dans beaucoup d’églises du Marsan et surtout du Bas-Armagnac. Alors que, dans la plupart des cas, ces constructions sont de proportions relativement élancées, et semblent avoir eu surtout pour but d’embellir un édifice jugé trop austère, le caractère massif, la multiplicité des fenêtres de tir et le crénelage du couronnement de la tour de Montégut montrent qu’elle était surtout destinée à renforcer encore la valeur défensive de l’édifice.
Les procédés utilisés pour cette adjonction ont toutefois été assez soignés : à la différence du premier édifice, l’emploi de la brique y a été limité au profit d’un moyen appareil assez régulier en pierre.

Entre le rez-de-chaussée carré et les étages supérieurs octogonaux, le passage s’effectue à l’extérieur par un simple amortissement des angles, à l’intérieur par de belles trompes en briques.

De nouvelles transformations ont été apportées à l’édifice au cours des siècles suivants. Dès le XVIe, on a tempéré l’austérité relative de la tour en ouvrant dans son mur occidental une vaste arcade brisée qui donne accès à un porche voûté, décoré de peintures et pavé d’une composition rayonnante de briques de champ.

Porche occidental
Porche occidental

Au fond de ce porche, a été ménagé le portail d’entrée dans l’église : très simple, il comportait cependant deux petits pilastres en biais, encadrant des colonnettes dont subsistent seulement la base moulurée et le chapiteau cylindrique sans doute destiné à porter une statuette aujourd’hui disparue ; au-dessus, de maigres voussures étaient encadrées par deux pinacles et surmontées d’un gâble en accolade.

Sacristie

C’est sans doute à la même époque que l’on a élevé au sud du chevet une construction de briques couverte d’un berceau surbaissé et dotée sur les côtés de cinq petites niches. Cette pièce, qui fait aujourd’hui office de sacristie, a pu à l’origine avoir une destination plus noble, peut-être celle d’un petit trésor de reliques.
Au XVIIe siècle enfin, on a entrepris de couvrir de voûtes d’ogives surbaissées la partie orientale du vaisseau unique, un simple plafond de plâtre étant lancé sur la partie occidentale.

  Chœur 
Tribune de la nef
Tribune de la nef

L’édifice ainsi aménagé n’a subi au cours des siècles suivants que des réfections limitées et souvent assez médiocres, à l’exception de celle, toute récente, de sa couverture. S’il conserve aujourd’hui un charme sans doute austère, mais bien réel, il demande une importante restauration : à l’extérieur, les maçonneries doivent être rejointoyées et débarrassées d’enduits au ciment très néfastes, à l’intérieur elles doivent être entièrement retraitées pour atténuer la sévérité de l’ensemble.

Saint Laurent martyr
 Saint Laurent martyr

Enfin, les éléments de mobilier assez humbles qu’il abrite – une table de communion, un bénitier et des fonts baptismaux, un tableau naïf peint en 1841 par Chavauty et représentant le supplice de saint Laurent, patron de l’église – mériteraient d’être mieux mis en valeur et même complétés.

Une étude préalable en cours définira les grandes lignes de cette restauration, à laquelle notre Association apportera volontiers son aide.

Préserver l'histoire, célébrer la foi : Ensemble pour les Églises Landaises.

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