Chapelle du BERCEAU DE SAINT-VINCENT-DE-PAUL

Visite du 7 octobre 2012

Le Berceau de Saint-Vincent-de-Paul se situe dans un sanctuaire et un site privés – contrairement à Buglose.

La fondation a été reconnue d’utilité publique en 1865, le site travaille depuis le xixe siècle à mettre en œuvre et à faire connaître le message de saint Vincent : servir les plus démunis dans un esprit de simplicité, d’humilité et de charité, aller à la rencontre des autres, accueillir, soigner, éduquer, former et évangéliser.

C’est ainsi que furent construits un hospice, un orphelinat et une hôtellerie.

Ensemble vu du Nord
Ensemble vu du Nord
Façade
Façade

I. Le plan d’ensemble

La chapelle du Berceau de Saint-Vincent de Paul se situe ici dans un vaste complexe.

On peut définir quatre pôles importants.

  • Le premier pôle est dédié, élevé en mémoire de saint Vincent de Paul ou en rapport à la vie de saint Vincent de Paul : la chapelle, bien sûr, à gauche derrière le fameux chêne, à droite la maison qui a vu naître saint Vincent.
  • La maison de retraite héberge 80 personnes, elle est dirigée par les Filles de la Charité.
  • Juste derrière les bâtiments carrés se trouve une hôtellerie qui accueille les pèlerins et qui possède une salle de conférence de restauration et des chambres.
  • Enfin au Nord, un complexe scolaire regroupe école primaire, collège et lycée.

Le berceau, connu internationalement, est aussi la maison de toutes les communautés laïques ou religieuses qui se réclament de l’esprit de saint Vincent. Vingt à trente mille personnes viennent chaque année visiter le berceau.

II . La chapelle

Saint Vincent de Paul est né le 24 avril 1576 ou 1581 dans le hameau de Ranquines, dans le village du Pouy. Ce n’est qu’après une ordonnance royale du 19 décembre 1828 que la commune fut autorisée à porter le nom de Saint-Vincent-de-Paul. L’importance de la maison Ranquines et du chêne, classé Monument Historique, sont à noter dans la conception architecturale de la chapelle. En effet, la chapelle a été édifiée en fonction de ces deux entités et ainsi elle n’est pas orientée comme toute église. Ici, l’entrée est à l’Est, en face de la maison et du chêne, pour former un ensemble avec eux, et le chœur se situe donc à l’Ouest.

1. Historique

Au XVIIIe siècle, une première chapelle a existé. Le bref de béatification du Pape Benoît XIII, le 13 aout 1729, désignait les 4 endroits où il était possible de réciter l’office et célébrer la messe du Bienheureux Vincent et le village de “Pouy dans le diocèse d’Acqs” y était mentionné expressément.

C’est ainsi qu’une première chapelle fut élevée et bénie en 1730. Le culte de saint Vincent se perpétua jusqu’à la Révolution Française, la chapelle resta ensuite abandonnée. Puis, au milieu du xixe siècle, on prit conscience qu’il fallait élever un monument de reconnaissance et de piété à la gloire de saint Vincent de Paul. C’était une période de renouveau de la Foi qui a vu dans le même temps l’érection de la basilique de Buglose non loin d’ici. Nous retrouvons les mêmes évêques qu’à Buglose : Mgr Lanneluc, Mgr Hiraboure et Mgr Épivent, instigateurs de ce renouveau qui s’est exprimé dans l’architecture landaise. En 1824, Monsieur Ducros, maire de Saint Pandelon, lance un projet de souscription départementale. Le mouvement s’est éteint pour réapparaître en 1842. Finalement, Mgr Lanneluc accepta la création d’une chapelle et la première pierre fut posée le 6 août 1850. Les fonds manquaient mais une grande loterie fut organisée pour édifier la chapelle et cet édifice fut donc dédicacé le 23 avril 1864 et inauguré le 24 avril 1864, jour anniversaire de la naissance de saint Vincent de Paul. À cette occasion, une notice fut rédigée par Maître Magescas, avocat, sur la vie et les institutions de saint Vincent de Paul .

2. Le plan général

La chapelle a un plan massé presque centré, car la nef mesure 29 m de long et le transept 20,50 m. Ce qui attire l’œil en arrivant, c’est ce dôme en zinc surmonté d’une croix dorée. C’est l’architecte Gallois qui a dressé les plans et l’exécution a été confiée à l’époque à un architecte de la ville de Dax M. Sanguinet. M. Gischia entrepreneur les a secondés dans cette entreprise.

Influencé par l’Italie et le XVIIe siècle, le plan ramassé et la pierre blonde évoquent dans l’allure générale un édifice qui daterait de l’époque durant laquelle saint Vincent de Paul a vécu. Ici, l’architecture est caractéristique du style néo-Louis XIII soit néo-XVIIe. L’architecture est très homogène et le fait d’avoir une architecture néo-Louis XIII est assez rare dans les Landes pour le souligner.

Le dôme rappelle, par exemple, la chapelle du Val de Grâce à Paris. Les décors de volutes sur le dôme, les pilastres sur les murs sud et nord qui rythment les murs de pierre jouent les contrastes, et rappellent l’époque Louis XIII. Les pilastres sont surmontés de pots évoquant l’architecture italienne classique.

3. La façade

L’allure générale de la façade développe également un vocabulaire du xviie siècle par exemple :

● Les bossages des deux pilastres qui encadrent la porte.

Nous retrouvons ces bossages sur l’arcade également. Il y a un jeux dans la couleur des pierres qui rappellent les constructions de l’époque Louis XIII : par excellence, la place des Vosges à Paris où les bâtiments alternent pierre et briques en contraste.

  • la symétrie
  • autre éléments caractéristique : le fronton brisé qui reçoit tout en haut dans son centre la statue de saint Vincent de Paul. (Ou les frontons entrecoupés des façades Nord et Sud.)

La façade nous montre une architecture très construite, rythmée à l’image de l’architecture classique française du XVIIe siècle.

De part et d’autre de la porte d’entrée se trouvent deux pilastres symétriques d’ordre dorique rappelant l’antiquité. Au-dessus, sur la frise, nous voyons, dans une couronne de lauriers, un chiffre : SV signifiant Saint Vincent de Paul. La porte en bois à deux vantaux, surmontée de têtes d’ange et le décor d’un cartouche avec un trophée reprenant le chiffre de saint Vincent, renvoie à nouveau à l’architecture classique.

Toute l’iconographie de la façade est intéressante, car, il y a une résonance par rapport à la vie de saint Vincent de Paul, mais aussi un parallèle avec le programme iconographique de l’intérieur de l’église.

Au-dessus de la porte d’entrée se trouve un tympan dans lequel nous voyons une belle scène avec un jeune pâtre. Le tympan est surmonté d’un inscription : « Quis putas puer iste erit. » Qui signifie : « Que pensez-vous que sera, que deviendra cet enfant ? », tiré de l’Évangile de Luc 1,6.

Au dessus du tympan et dans la frise, un cartouche de marbre reçoit l’inscription latine : Anno domini MDCCCLXIV die XXIV mensis aprilis Hoc Sacellum DOM Fuit Solemniter dedicatum in memoriam Ortus S. Vincentii a Paulo. Soit : « L’an 1864 le 24 avril, cette chapelle fut dédiée en mémoire de la naissance de saint Vincent de Paul. »

Le fronton est décoré d’un groupe où nous observons trois figures : trois femmes qui incarnent les trois vertus théologales. Elles supportent une banderole sur laquelle nous pouvons lire Pertransiit benefaciendo. Cette locution latine est un mot simple et touchant de saint Pierre résumant la vie du Sauveur ; ici, elle est destinée tout particulièrement à saint Vincent de Paul : « Il est passé en faisant le bien ».

Enfin dominant l’ensemble, se trouve la représentation de saint Vincent de Paul dans ses atours de prêtre, les bras ouverts et accueillants. Le père des pauvres et des orphelins penche sa tête grosse et chauve vers nous, et, semble nous bénir et nous protéger. Cette statue comme toutes les sculptures de la façade sont l’œuvre d’un sculpteur parisien M. Forget.

Regardons l’intérieur maintenant et peut être allons nous répondre à la question posée ici sur la façade : Que pensez vous que deviendra cet enfant ?

4. l’intérieur

Cette chapelle est un écrin pour les reliques de saint Vincent de Paul et un écrin pour les vitraux retraçant la vie du saint.

L’intérieur que nous voyons n’est pas exactement celui de l’origine. En effet, le 14 juillet 1947, un incendie a ravagé la chapelle provoquant l’effondrement de la voûte . Le magnifique maitre-autel a disparu.

Interieur de la chapelle

Les murs blancs grisés sont rythmés par des pilastres engagés en pierre de couleur jaune. Les pilastres sont surmontés de chapiteaux stylisés inspirés de l’ordre ionique, avec des volutes, un encorbellement et une draperie sur laquelle est inscrit le chiffre de saint Vincent. De même, les arcs doubleaux reçoivent des décors de cartouches, de fleurs stylisées caractéristiques de l’ornementation du XVIIe.

Le transept est couvert d’une coupole. Le chœur est voûté d’ogives avec les mêmes arcs de pénétration dans la nef.

L’ensemble : les murs de la nef, du transept et du chœur sont percés de très larges baies à encadrement de pierre. Ces baies reçoivent des vitraux. Ils ont été exécutés, au XIXe siècle, par les ateliers Laurent et Gel, peintres verriers à Paris. Les vitraux retracent toute la vie de saint Vincent de Paul.

Chaque vitrail, qu’il soit dans la nef et dans le transept ou dans le chœur, hormis celui du centre du chœur, est composé de trois médaillons encadrés d’un décor polylobé et d’un décor d’ensemble coloré. Les médaillons sont traités en grisaille, les dessins ont été réalisés à l’encre de Chine et cuits entre deux verres.

Chaque médaillon traite de la vie de saint Vincent de Paul ou des messages qu’il a souhaité laisser : des faits marquants comme la fondation de la Congrégation de la Mission (1625) ou la compagnie des Filles de la Charité, servantes des pauvres malades (1633). La lecture de chacun des vitraux commence par le bas. La lecture générale commence dans la nef à gauche et en bas.

Dans le chœur et au centre, se trouve en vitrail l’apothéose de saint Vincent de Paul en gloire. C’est à dire que la réponse nous est donnée ici : « Qu’est devenu le jeune pâtre ? » : il est devenu saint. Cette décoration du vitrail répond au décor de la coupole qui à l’origine montrait l’ascension triomphante de saint Vincent de Paul.

Le programme architectural et décoratif nous montre la volonté de mettre en valeur la vie et l’œuvre de saint Vincent de Paul, grand fondateur et réformateur de l’Église catholique au XVIIe siècle en France et de nous montrer la reconnaissance du Sauveur.

Dans une architecture classique, rythmée, simple, esthétique et non ostentatoire, il y a la volonté de reconnaître saint Vincent de Paul en apôtre de la compassion, de la charité du Christ, au service des autres.

L’amour est inventif jusqu’à l’infini” (Saint Vincent de Paul, 1645).

Béatrice PRIEUR, Docteur en Histoire de l’Art

Bibliographie :

F. Magescas, Notice sur la vie et les institutions de Saint Vincent de Paul suivie de la description des monuments élevés sur le lieu de sa naissance et programme détaillé de la cérémonie du 24 avril 1864, Dax, 1864.

Notice sur le monument érigé au lieu de la naissance de Saint Vincent de Paul, Arch. dép. des Landes, Coll. Cabannes 1964.

M.H.D., La chapelle, l’hospice, la maison, le chêne de Saint Vincent de Paul. Inauguration religieuse et solennelle des monuments élevés à la mémoire du Saint sur le lieu de sa naissance, le 24 avril 1864.

Préserver l'histoire, célébrer la foi : Ensemble pour les Églises Landaises.

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